« Mon Lycée vu à travers mon smartphone »

« Mon Lycée vu à travers mon smartphone » est le fruit d’un projet pédagogique numérique qui implique des élèves scolarisés au Lycée en classe de seconde STD2A. Ce projet qui a eu lieu au cours du premier trimestre de cette année scolaire (2017/2018) a pour objectif d’utiliser le smartphone afin de mener ces élèves à porter un autre regard sur leur établissement et de le partager par le biais de la photographie.
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Avec une nette augmentation du nombre de smartphones et de ses dérives chez nos élèves, l’Ecole a décidé de déclarer la guerre au doudou connecté des adolescents. La dernière attaque en date est celle de l’annonce d’une loi interdisant le téléphone au collège. Mais à l’ère de l’apprentissage coopératif, de l’EMC et de l’EMI, une réponse alternative ne serait-elle pas l’éducation au numérique par le numérique. Un projet interdisciplinaire est né au collège innovant de Bordeaux afin d’éduquer plutôt que d’interdire. Apprendre ce qu’est un usage raisonné du numérique à nos petits experts des nouvelles technologies ; c’est partir des pratiques des élèves, de leur différents vécus, d’activités concrètes sur internet et de débattre ensemble, pour qu’ils identifient eux-mêmes les bénéfices et les dangers possibles. Ce travail d’empathie et de prise de conscience a pour finalité la création avec les élèves d’une charte du numérique constitué de règles « cyber-citoyennes » dont ils comprendront la nécessité.

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La photophonie : un autre usage du téléphone au collège

Retour d’expérimentation menée auprès d’une classe de sixième sur les aspects positifs du smartphone et comme outil au service de l’art de la photographie.

Aujourd’hui, grâce au téléphone, prendre des photos est rapide et simple. La photographie est devenue accessible quasiment à tous.

C’est donc sans surprise que la photophonie a vu le jour, photo- pour photographie et –phonie pour téléphone.

Sur internet des milliers d’utilisateurs publient chaque jour leurs nouvelles oeuvres, que ce soit à but esthétique, distractif ou artistique. Et les adolescents sont également baignés dans ce flux quotidien visuel.

A l’ère de la problématique des risques et dangers du smartphone, l’Ecole a un rôle préventif mais aussi pédagogique et éducatif.

Au collège N. de la banlieue de Bordeaux, c’est dès la sixième que les élèves participent à des interventions sur les risques et les dangers des usages du téléphone. Dans un souhait pédagogique de ne pas diaboliser cet outil, j’ai pu mettre en place en tant que stagiaire avec la conseillère principale d’éducation, un atelier sur les usages positifs du smartphone, notamment tourné sur la photophonie.

Chaque mardi pendant une demi-heure après le repas, nous échangions avec la classe de 6ème1 sur leurs façons de voir le smartphone, qu’ils en possèdent un ou non. La demi-heure suivante, j’ai pu leur transmettre notamment quelques savoirs et règles de bases de l’art de la photographie, ainsi que les réglages à leur disposition sur leurs tablettes ou leurs smartphones. Nous avons alors discuté ensemble de ce qu’était la photophonie et de sa place grandissante sur les réseaux sociaux.

Lors d’une séance, nous avons discuté du selfie, tout en abordant le thème de son image sur internet et les réseaux sociaux. Notamment du fait qu’une personne mineure ne peut apparaitre visiblement en photographie ou en vidéo sur internet sans l’accord de ses parents. Pour la plupart d’entre eux, le selfie est une pratique quasi-quotidienne, ils les postent sur leurs réseaux sociaux, surtout sur Snapchat et Instagram. Pour éviter alors qu’il n’y ait trop de photographies d’eux sur internet, je leur ai demandé à quoi ressemblerait leurs selfies sans qu’on ne les y aperçoivent physiquement. Certains se sont prêtés au jeu, et ont rapporté à la séance suivante leurs ouvrages.

De façon anonyme, nous avons projeté les « selfies » dans la salle. Les élèves se sont amusés à décortiquer les photos, pour 1 : me faire plaisir en énonçant des procédés de photographie dont je leur ai parlé et des effets qu’ils produisent à l’image, et pour 2 : essayer de deviner qui peut être l’auteur de ce « selfie ». Je leur ai proposé également à la fin de cette séance d’analyser le « selfie » qui n’en est pas un, d’un ami photographe qui s’est prêté au jeu. Son astuce à lui a été de prendre en photo son ombre où on aperçoit visiblement le téléphone.

Les élèves ont eu des productions remarquables, l’un a pris en photographie un morceau d’herbe abimé du stade de football où il joue, l’autre a pris son canapé avec un plaid et la télécommande, tandis qu’un autre encore a pris un morceau du mur d’escalade dans le club où il est inscrit.

Ces séances avaient pour but d’apporter un autre regard que répressif sur le smartphone, la photophonie a été un prétexte pour faire un lien entre l’outil et l’Art. Cet atelier s’est inscrit dans le cadre du CESC ainsi que du parcours d’éducation artistique et culturelle.

Un panel de possibilités nous sont offertes, à nous, personnels d’éducation, pour dédiaboliser le smartphone, outil certes à caractères dangereux sous certains aspects, mais qui fait partie du quotidien de la plupart des élèves et donc sur lequel nous ne pouvons pas fermer les yeux.

No smartphone

stop smart
Source thinkstockphotos.fr

Chaque jour au lycée professionnel Beau de Rochas, c’est un peu plus de deux téléphones qui sont confisqués. Cette nouvelle technologie, bien que très utile voire même presque indispensable pour certains est devenu un véritable fléau qui nuit à la concentration et l’attention des élèves en classe.


 

« Ils sont totalement pendu à leur téléphone « 

Pour Monsieur Va., professeur de maintenance industrielle, s’en est trop. En classe et en intercours, les « élèves ne communiquent même plus entre eux, ils sont toujours pendus à leur téléphone » nous dit-il stupéfait. Il n’y a plus aucune interaction réelle entre eux et cela se ressent sur le climat scolaire à long terme.

 » C’est comme la nourriture »

Pour Jérémy, élève en 2nde, le téléphone est devenu un besoin physiologique « C’est comme la nourriture pour nous, on a besoin de regarder sans arrêt, de lire nos notifications, de répondre à nos amis en texto, de lire des articles sportifs et tout ça quoi » Jérémy avoue ne pas réussir à diminuer l’utilisation de son smartphone malgré le fait qu’il ait déjà essayé  « parfois j’en ai marre de regarder mon écran toute la journée mais il y a en majorité ma vie à l’intérieur, je m’y sens obligé « 

Pour faire prendre conscience aux jeunes du manque d’attention et de la dépendance à l’objet fétiche du 21ème siècle, Madame Ba. CPE, a impulsé une action éducative nommé  » No smartphone « .

Le déroulement de cette démarche expérimentale consiste à limiter l’utilisation des smartphones. En effet, tous les premiers mardi du mois les élèves de 2nde déposent leur téléphone jusqu’à la fin des enseignements, dans une boîte dédiée à cet effet. Le but ultime étant de captiver leur attention durant les cours.

Après plusieurs mardi, le personnel pédagogique a pu remarquer quelques progrès, les élèves essaient de combler leur ennui en écoutant et en interagissant plus avec le professeur et même entre eux. « Ils participent davantage soit par intérêt soit par ennui mais ils sont plus actifs » nous confie Monsieur Le. , professeur de français.

Pour les élèves, les premiers mardi ont été un véritable calvaire mais au fil du temps « on s’y fait et du coup on est moins tenté de le regarder puisqu’on ne l’a pas sur nous » nous témoigne Mohamed.

Ce projet ambitieux de réduction du temps d’utilisation des smartphones reste encore qu’une expérimentation qui devrait perdurer tout au long de l’année scolaire et s’étendre aux autres niveaux.

Les smartphones sont des pépites d’or de la communication virtuelle et de l’information. Toutefois, il faut rester vigilant quant à notre manière et notre temps d’utilisation afin de ne pas oublier la vie réelle.

Sara KRAIOUH